Apple hors de France, ou l’art d’emmerder son monde

C’est l’histoire de la loi DADVSI, des Apple zealots, et d’un mec qui en a gros sur la patate.

Alors voilà, c’est l’histoire d’un mec qui passe des heures et des heures à lire des articles, des interventions et des comptes-rendus sur un projet de loi nommé Droit d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’Information (DADVSI). Comme ce mec est un peu monomaniaque, il se tape en direct, sur internet, la majorité des débats à l’Assemblée Nationale. Au passage, il découvre la complexité du travail parlementaire, par ailleurs passionnant.

Ce projet de loi aborde de sujets aussi divers et complexes que:

  • les DRM et l’interopérabilité des formats de fichiers numériques;
  • la diffusion de la culture dans sa diversité;
  • l’innovation technologique et le logiciel libre;
  • la remise en cause de la copie privée;
  • l’accès aux œuvres et au savoir pour les handicapés, notamment les déficients visuels;
  • les exceptions (partielles) possibles au droit d’auteur, pour la liberté de la presse, pour l’enseignement;
  • etc.

L’affaire est donc loin d’être simple. Au terme de louvoiements procéduraux plutôt curieux (qui à dit «démocratie et transparence»?), une loi comprenant 29 articles (gros morceau!) est votée. Des centaines d’amendements sont examinés; certains sont adoptés, beaucoup sont rejetés. Au final, cette loi est mauvaise pour les internautes, très largement criminalisés, et dangereuse pour les développeurs de logiciels libres, plongés dans une insécurité juridique incitant peu à l’innovation.

Mais dans le lot, une série d’amendements apportent un point nettement positif (et ce sera un des rares de cette loi): un pas est fait vers l’interopérabilité et le respect des consommateurs.

La riposte ne tarde pas

Mais voilà, Apple s’émeut de cet amendement qui pourrait l’obliger à fournir à ses concurrents les moyens (ou les renseignements nécessaires) pour pouvoir lire les fichiers vendus par la boutique musicale en ligne d’Apple, l’iTunes Music Store. Apple, qui a un fort succès aux États-Unis avec son système “tout en un” iPod + iTunes + iTunes Music Store (le balladeur numérique, le logiciel de lecture, et le magasin virtuel), veut garder ce système fermé. L’iPod ne joue pas la musique achetée sur FnacMusic.com ou sur VirginMega, uniquement celle achetée sur le magasin iTunes. Inversement, cette musique vendue sur iTunes ne pourra pas être lue sur un balladeur Samsung, ou Rio, ou… enfin sur tous les autres balladeurs numériques.

C’est donc l’histoire d’un mec qui se passionne pour le débat, et qui n’est pas surpris le moins du monde de l’indignation feinte d’Apple, qui veut garder ses consommateurs captifs. Après tout, c’est une technique monopolistique vieille comme le monde industriel. En même temps, ce mec est plutôt content de voir que les principes de libre échange (free trade) sont parfois appliqués pour le bénéfice du consommateur.

Par contre, ce qui l’énerve très très fortement, c’est de voir la réaction des journalistes et blogueurs américains, qui résument la loi DADVSI à ce petit amendement, et pour qui, en gros, les Français sont des imbéciles qui veulent bouter le méchant américain Apple hors de France. Ou encore, les Français sont des imbéciles car ils n’ont pas compris qu’il faut accepter la chance que le système “tout en un” d’Apple offre au consommateur.

Alors là le mec, sans faire d’anti-américanisme primaire, il en a un peu marre que des gens qui n’ont pas la moindre foutue idée de ce que cette loi représente, ou même de ce que l’amendement incriminé (qui n’a jamais visé Apple spécifiquement, loin de là!) implique précisément pour Apple, Microsoft, Sony et les autres.

Petit conseil: avant de critiquer une loi, il vaut mieux savoir ce qu’elle raconte. Ça aide.

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