Ou comment, quelque part, l’industrie culturelle est à côté de la plaque.
Encore une question à laquelle l’industrie du disque, du fait même de sa nature, ne peut répondre:
Comment, pour l’auditeur, faire la distinction entre les œuvres qu’il veut écouter et celles qu’il veut s’approprier?
L’appropriation symbolique d’une œuvre
Je parle ici d’appropriation symbolique. Pourquoi passons nous une partie de notre temps à nous constituer une discothèque, une CDthèque, une DVDthèque, une bibliothèque? Tout simplement parce que les œuvres que nous nous approprions parlent de nous, non seulement aux autres mais aussi (surtout?) à nous même.
Sinon, pourquoi donc se ferait-on chier à partager sur un forum de musique que moi j’adore cette chanson mais le nouvel album de machin ne me touche pas du tout
ou encore voici mon top 10 des meilleurs albums de la décénie
? Franchement, quel intérêt?
Le marché du disque, engagé dans une idéologie (bien compréhensible pour une industrie) où chaque accès à un produit culturel doit se payer, échoue complètement à répondre aux besoins différenciés de curiosité culturelle (ce film, ce disque, ce liivre m’intéressent) et d’appropriation personnelle. Par défaut, le marché propose l’appropriation d’un bien physique. Ce bien physique permettra sans doute une appropriation symbolique[1] (surtout s’il joue fortement sur des symboles d’accompagnement, en particulier sur l’image), mais constitue une réponse disproportionnée au simple désir de découverte de l’œuvre.
Expérience personnelle
Personnellement, c’est pour le cinéma que je réalise le mieux cet écart. Il y a beaucoup de films qui m’intéressent et que j’apprécie, mais les seuls que j’achète (qui ne sont d’ailleurs pas forcément meilleurs que les autres) sont tous d’un genre particulier. Des films un peu glauques. Du coup, je ne peux pratiquement pas prêter de DVD, et venir chez moi pour une soirée DVD improvisée peut devenir pénible si vous n’apportez pas vous-même votre film sympa-et-pas-prise-de-tête. Parce que bon, les gens s’endorment devant «Lost in Translation», et «Bully» de Larry Clark ou «Boys don’t cry» de Kimberly Peirce (deux films basés sur des faits divers violents) cassent un peu l’ambiance, à vrai dire.
Il y a dans cela un message “clair” adressé aux autres autant qu’à moi-même.
Pour la musique, c’est moins net, vu que j’écoute en majeure partie des œuvres pour lesquelles j’ai réalisé (ou espère pouvoir réaliser) cette appropriation symbolique. J’y rajoute un peu de musique “de détente” (et certaines trouvailles sur Jamendo m’y aident beaucoup, d’ailleurs), mais globalement c’est moins net. Il reste que j’ai une dizaine d’albums en MP3 que je n’ai pas achetés et n’achèterai sans doute pas. Cette dizaine d’albums tourne pas mal (souvent je supprime un album au bout de deux ou six mois…), et constitue l’équivalent musical de ces œuvres cinématographiques dont je suis curieux, qui me font plaisir, mais que je ne veux pas considérer comme “miennes”.
L’industrie du disque nous dit juste Achète tout, sans distinction
. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais à mon avis ils ne sont pas psychologues pour deux sous.
Notes
[1] Voir à ce sujet L’appropriation symbolique d’une œuvre, c’est quoi?
, un billet où je tente de développer cette notion.




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