Un deuxième article de fond publié sur ce site. Cette fois, j’ai fait plus court, et le texte est donc intégralement présent sur le site (pas de PDF d’1Mo à télécharger). Cet article intéressera plus particulièrement les utilisateurs de logiciels libres et de licences de libre diffusion (Creative Commons, Licence Art Libre), mais j’espère être resté assez abordable pour les non-initiés!
Une histoire de mots: culture libre et libre diffusion
Note: article également publié sur le site Framasoft: Tribune Libre > Une histoire de mots…




Commentaires pour cet article
Leblanc Simon
Le 27 mai 2006 à 2h24
Bonjour,
Comment parler de libre diffusion alors même que la diffusion est soumise à condition? en effet, dans le cas de la licence CC associée à la clause NC, la diffusion n’est "libre" que si elle n’est pas commerciale. Or si la diffusion est soumise à condition lorsqu’il s’agit d’un usage commercial, cela entraine forcément des discriminations.
Imaginons un Africain voulant diffuser la culture "libre" avec une licence CC associée à la clause NC. Il va soit devoir louer/acheter un serveur web, soit graver des cds, imprimer les textes, … Cela entraine forcément un coût et imaginons encore que c’est Africain soit pauvre et qu’il soit donc obligé de faire payer à prix coûtant les fourniture (serveur, cd, …). Cela sera soumit à la volonté expresse de l’auteur.
En quoi est-ce dangeureux? il y a tout simplement le rétablissement d’une attitude impossible avec le logiciel libre: la discrimination. En effet, imaginons enfin que je sois tellement bête que je n’aime pas les Africains, je suis l’auteur de la musique qu’il souhaite diffuser, je peux lui refuser (demander un prix prohibitif par exemple) uniquement en fonction de son origine.
Alors, peut-on réellement parler de libre diffusion, alors même que la diffusion est toujours soumise à discrimination?
Quelle terminologie employer alors? pourquoi vouloir mettre des mots sur tout? A mon humble avis, la liberté est incompatible avec la discrimination, on ne peut donc en aucun cas associer le mot libre (seul ou associé avec un autre terme) avec une licence qui est discriminatoire.
Cordialement, Simon (leviathan sur Framasoft)
PS: après très longue réflexion, si tu veux vraiment mettre un terme sur cette musique, pourquoi ne pas utiliser "à diffusion étendue"
Florent V.
Le 27 mai 2006 à 4h29
Bonjour Simon,
Même si je m’attendais à cette critique, j’ai préféré ne pas alourdir mon article de nuances secondaires (même si tu ne seras probablement pas d’accord pour dire qu’elles sont secondaires). En l’occurence, je sais parfaitement que «libre diffusion» est une simplification abusive, et que la clause NC (pas d’usage commerciaux) impose des limites à la diffusion. Je pense par contre que cet abus de langage n’est pas rhédibitoire. De mon point de vue, il serait bien plus grave de se rabattre sur des termes moins évocateurs et trop techniques. Malgré son imperfection, «libre diffusion» est pour moi un bon compromis.
Le mot est laché: on est dans le domaine du compromis. Domaine peu acceptable dans le monde du logiciel libre, qui s’est construit sur des mécanismes de défense juridiques (clauses de contrats de licence) prévus pour empêcher la fermeture du code, mécanismes particulièrement inflexibles. Je soutiens pour ma part que cette approche n’est pas tout à fait valable pour les autres œuvres de l’esprit. Mais c’est un débat plus large.
Je ne reviens pas sur notre ami l’Africain. Hormis le fait que l’africain a bon dos, c’est un exemple qui me semble trop calqué sur les besoins et attentes du logiciel libre pour être une bonne base de réflexion. Je finirai juste sur la question du besoin d’une terminologie: je réfute totalement les positions qui consistent à dire «Bah, les mots ne sont pas si importants». Je pense qu’ils le sont. Être conscient de leurs limites ne signifie pas qu’il faille y renoncer pour autant.
dana
Le 31 mai 2006 à 4h49
C’est exaspérant cette histoire. Lors du débat au cours duquel Florent, le rédacteur de ce weblog, avait proposé dans un but d’apaisement de ne plus appeler les licences CReative Commoins des licences "libres", mais des licences de "libre diffusion". Et Simon, tu reviens là dessus en considérant que ce compromis ne suffit pas? Mais c’est de la folie.. Ta définition de la liberté: "absence de discrimination", ne tient pas la route. La discrimination n’a rien à voir là dedans. Plutôt que de faire comme le font toujours et systématiquement les défenseurs des licences soi-disant plus "libres", c’est-à-dire se réclamer du libre sans jamais faire l’effort d’en fournir une définition valable (et je suis désolé il ne suffit pas de sire: libre c’est ce qui est défini par la licence art libre ou la licence GPL etc.. ou "libre" c’est "l’absence de discrimination", ce qui ne veut rien dire. On peut être enfermé dans une prison sans subir de discrimination particulière, du moins dans le sens moral du terme) bref, plutôt que d’éviter le problème de la définition en se contentant de s’approprier le mot "libre" sans autre forme de procès hé bien essayons d’en fournir une définition et là on va s’amuser! allez je vous donne une définition parmi mille autre, celle de mes amis stoïciens (ok, ça date un peu mais ça vaut bien celle de Richard Stalman à mon avis): "libre c’est ce qui n’est pas empêché" Bon.. si on empêche pas la diffusion d’une œuvre, alors on peut tout de même admettre que cette diffusion peut-être qualifiée de libre j’aime bien aussi la définition d’armatya sen, l’économiste indien (la disctinction entre liberté réelle et liberté formelle, ça devrait t’inspirer ça florent) perso.wanadoo.fr/marxiens… Amartya Sen, Un nouveau modèle économique, Odile Jacob, C’est un livre que je trouve admirable et aussi tant qu’on y est et pour rester dans des choses assez récentes, on peut lire ou relire JOhn Rawls, Théorie de la justice (par exemple le ch. 32, p. 237-247 dans l’édition de poche en ttraduction française, points seuil)
Putain ça me fatigue ça que des informaticiens s’érigent comme propriétaires d’un mot tel que le mot libre. Franchement je trouve que mon boulanger est beaucoup plus claire sur ce point que les défenseurs de la licence art libre par exemple.
Donc, je ne dis pas ça pour réactiver un débat de sourds simon, mais est-ce qu’on pourrait au moins une fois dépasser un débat stérile et puéril, parce que tout de même, la notion de liberté, elle est tout de même assez cruciale non? particulièrement dans ces temps troublés?
le texte de florent est un modèle d’équilibre. Et franchement, je ne vois vraiment pas en quoi els licences creative commons, nc ou pas, ne seraient pas des licences de "libre diffusion": il y a bien tout de même une différence avec le copyright classique non? Tout de même??
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