Le net change le monde (oui, mais non)

C’est un classique de l’innovation en matière de moyens de communication: à chaque arrivée d’un moyen de communication directe (le télégraphe, puis le téléphone, et plus récemment Internet), il y a eu des idéalistes pour promettre une plus grande compréhension entre les hommes, la fin de la guerre dans le monde, etc. Et de déchanter quelques années plus tard.

Internet n’échappe pas à ce mouvement d’attentes démesurées et de désillusions féroces… et plutôt deux fois qu’une.

La dernière vague d’idéalisme à tout crin remonte aux années qui ont précédé la popularisation d’Internet et en particulier du Web. Les années 80 et la première moitié des années 90, donc. Les rares élus qui avaient alors accès à Internet (newsgroups Usenet, puis les balbutiement du Web au début des années 90), souvent des universitaires ou des chercheurs, avaient tendance à prophétiser un changement social et humain salvateur. La technique, le réseau pour corriger la nature humaine. Bien sûr, une fois Internet largement répandu et utilisé, force a été de constater que ça ne changeait pas tant de choses que ça. En tout cas, ça n’a pas modifié la nature humaine.

C’est sans doute le même constat qu’avaient fait les humanistes à la fin de la Renaissance: la redécouverte du savoir des anciens et l’explosion des connaissances, via l’imprimerie, n’avaient pas empêché les guerres de religion. Retour à la case départ, à la prudence, voire au pessimisme.

Net-idéalisme, deuxième vague

Après la première vague de désillusion humaniste dans la deuxième moitié des années 90, les choses se sont tassées pendant quelques années. On remarquera d’ailleurs qu’un phénomène comparable a habité la Net-économie: emballement puis remise à plat douloureuse à la fin des années 90.

Mais ça y est, ça repart! L’économie du Web, dont les deux mamelles sont la publicité (surtout) et la vente en ligne (un peu), est repartie. Et pour l’idéalisme humaniste? Même chose, la machine s’est remise en route. Les deux vont-ils nécessairement ensemble? En l’occurrence, même si la bonne santé de l’un (la Net-économie) encourage peut-être l’autre (le Net-idéalisme) par effet de contagion de bonne humeur, c’est surtout que les deux sont liés à un phénomène très discuté ces dernières années: le Web deux point zéro.

Web 2.0? Comprendre «web participatif», «communautaire», «collaboratif» d’une part, et «services en ligne basés sur les contenus apportés par les utilisateurs», «l’utilisateur comme valeur ajoutée» et «financement publicitaire de plateformes communautaires» de l’autre.

Mais restons du côté du Net-idéalisme. Que nous promet-on? Une société plus participative, y compris dans sa gestion politique (Ségolène Royal consulte les citoyens, François Bayrou cite le modèle du wiki, les sites web où l’on peut écrire dedans, et du projet encyclopédique Wikipédia). Une société de la transparence, de l’information décentralisée, du journalisme citoyen (blogs). Et même… la paix entre les peuples! Ce n’est pas moi qui le dit, mais Shimon Peres (vidéo, en anglais).

Mettre de la nuance

Bien sûr, les Net-idéalistes conservent un minimum les pieds sur terre. Peres lui-même souligne que si Internet peut être un moyen de partage entre les cultures (ce qu’il appelle de ses vœux), ça n’est ni évident ni automatique.

Mais on peut aller encore plus loin pour relativiser cette vague d’idéalisme deux point zéro. C’est ce que fait Daniel Kaplan sur InternetActu, dans un article intitulé Idéologie 2.0?. Petit copié-collé de la conclusion de l’article:

La transparence et la fluidité des échanges ne suffisent pas à résoudre un grand nombre de problèmes humains complexes – les économistes, qui savent que les marchés ne sont jamais “purs et parfaits”, l’ont appris depuis longtemps.

La mise en réseau des idées et des énergies a produit de formidables succès (quoi que l’on pense de chacun de ces exemples sur le fond), du logiciel libre à Wikipedia, du Forum social mondial à… l’internet. Mais à négliger l’importance, voire la nécessité du politique, c’est-à-dire de l’organisation discutée, consciente, évaluée et parfois (démocratiquement) imposée, on s’expose à le voir revenir par la fenêtre: ceux qui s’intéressent au sujet de la gouvernance de l’internet s’en sont vite aperçu.

Il est facile, pour les acteurs de l’internet, surtout “2.0″, de se laisser séduire par une vision du monde qui fait de leur démarche (un peu idéalisée) un principe d’organisation du monde. Facile et dangereux: car cette idéologie 2.0, déconnectée de la réalité du monde, ne permet pas d’en comprendre le fonctionnement, ni les acteurs.

N’hésitez pas à lire l’article complet sur InternetActu.

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