En 2007, je vote…

Un billet où j’annonce pour qui je compte voter pour ces présidentielles, c’est à dire dans quelques semaines. Certains blogueurs y sont allés de leur petite annonce; d’autres par contre gardent une certaine neutralité «journalistique». J’ai déjà écrit que je n’ai pas la religion de la neutralité. Et pas particulièrement de pudeur sur ce sujet précis. Dont acte.

Ceux que ça n’intéresse pas passeront leur chemin (ils ont bien raison). Ceux que ça intéresse (ils n’ont pas tort pour autant) pourront suivre le lien ci-dessous pour lire la suite.

En 2007, je vote un peu par choix, et un peu par élimination.

Par élimination (premier acte)

  • Toute l’extrême droite, de Le Pen à Villiers. Je ne développe pas.
  • Toute l’extrême gauche, la gauche antilibérale, etc. Il m’arrive de m’interroger sur le libéralisme économique, mais pas pour en faire un rejet définitif.
  • Les Verts (qui payent aujourd’hui un flou politique, des luttes intestines et au final un manque flagrant de lisibilité politique), les chasseurs-pêcheurs-etc. Les quantités négligeables.

Par élimination (deuxième acte)

Ça nous laisse donc trois candidats: François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. On va être clair: je ne voterai pas Sarkozy. Outre que je n’aime pas la machine de guerre politique qu’est l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), et que je ne penche pas tellement à droite, Nicolas Sarkozy est pour moi l’un des pires candidats que l’UMP pouvait présenter. Je suis totalement en désaccord avec cette personne. En particulier:

  • Son idéologie du travail comme valeur. Le travail n’est pas une valeur, c’est au mieux un moyen.
  • La haine ou à tout le moins l’incompréhension du pauvre qui anime cet homme et une grande partie de ses soutiens. Si je me refuse à voter Sarkozy, au delà d’une certaine réaction épidermique qu’il m’inspire, c’est sans doute à cause de ce qui est évoqué ici: “travailler plus pour gagner plus”: d’une misérable rhétorique[1] et sous l’empire de la défense maniaque: la haine des pauvres. Deux lectures qui valent le détour, et qui dépassent d’ailleurs très largement l’échelle de cette campagne présidentielle. Des lectures qui renseignent sur l’humain (et oui, j’ai aussi besoin d’un article sur un blog ou ailleurs pour ça, me renseigner sur l’humain).
  • La mise en avant de la Nation. Je veux bien croire que la Nation de Sarkozy n’est pas le nationalisme de Le Pen ou celui de De Villiers, mais le simple fait de mettre en avant l’idée de nation n’est pas un bon signe pour moi. Pour avoir suivi de très près la campagne présidentielle aux États-Unis en 2004, je sais à quel point le nationalisme bien-pensant – la main sur le cœur – peut pourrir un débat, faire taire artificiellement la critique (et surtout: l’autocritique). Je crois profondément à l’autocritique, et je ne me sens pas avant tout Français. Par ailleurs, je m’interroge encore: à quel moment Sarkozy l’atlantiste est-il devenu Sarkozy le champion de la nation française? (Nota: la question est rhétorique, et je n’attends pas forcément de réponse, qu’elle soit en faveur ou en défaveur de M. Sarkozy.)

Par choix (incertain)

Restent Bayrou et Royal. Au début de cette cette campagne, enfin disons à l’automne 2006, j’ai été particulièrement séduit par la personnalité de François Bayrou. C’est un homme que j’estime intellectuellement honnête. Et l’honnêteté intellectuelle, c’est important pour moi. À l’inverse, j’ai du mal à lire entre les lignes des discours de Ségolène Royal. Le coup du drapeau me reste un peu en travers de la gorge. Les plus ardents républicains parleront de la Marseillaise révolutionnaire et du drapeau de la résistance. Mais qu’est-ce qu’un symbole, pour qu’on le révère plus que des idéaux? Je propose que tous les français aient chez eux, s’ils le souhaitent, une devise «Liberté, Égalité, Fraternité»[2], là ça serait quelque chose.

Pour revenir à Bayrou: je me sens proche de cet homme, même si je n’adhère pas à cent pour cent de ses idées. Et je le crois capable de remettre en question certaines de ses idées si besoin comme de faire preuve de courage politique pour en défendre d’autres. Quant à l’Union pour la démocratie française (UDF): disons que je pourrais me sentir proche du centre-droit[3], politiquement parlant, pour peu qu’il se montre à la hauteur et assume vraiment sa spécificité politique. À ce titre, le rôle de fréquent allié du RPR (Rassemblement pour la République) que ce parti a accepté par le passé ne plaide pas en sa faveur – à mes yeux. Soyons réalistes:

  1. Si l’UDF fait à ce point cavalier seul pour cette élection, c’est en réaction à Sarkozy d’une part (jugé trop à droite de l’UMP), et en réaction à l’OPA conduite par Chirac lors de la création de l’UMP (une bonne partie des élus UDF ayant rejoint l’UMP à ce moment). Le «virage au centre», c’est un peu le sursaut d’une formation politique qui cherche une indépendance et une force propre. Et rien ne dit qu’elle trouvera cela. Au contraire, elle peut jouer l’apaisement et revenir à une alliance UMP-UDF pour planifier les législatives.
  2. Si Bayrou passe, et que fort de ce succès l’UDF affirme son positionnement «au centre», la question de la formation d’un gouvernement va être épineuse, pour ne pas dire casse-gueule. Étant jeune, un tout petit peu optimiste (ou volontariste) et viscéralement opposé aux corporatismes aveugles[4], je réfute par principe la condamnation sèche du Bayrou ne pourrait pas gouverner. Ça reste à voir. Mais c’est problématique et pas tout à fait enthousiasmant.

Il se pourrait donc que je vote Royal. J’aurais préféré voir Dominique Strauss-Kahn comme candidat du PS – parti vis-à-vis duquel j’ai quelques réserves mais dont je me sens politiquement assez proche… parfois –, et Ségolène Royal est loin d’avoir ma préférence en tant que personne. Mais je n’ai pas de rejet particulier vis-à-vis d’elle, donc peut-être.

Pronostics personnels (où je suis un échantillon pour sondeur)

Pour le premier tour, donc: 50% de chances que je vote Royal, et 50% de chances que je vote Bayrou. Je me replongerai dans les programmes (pour l’instant survolés, et à titre personnel je réaliserais bien un hybride de celui du PS et de celui de l’UDF) pour mieux motiver mon choix, je suppose.

Quant au deuxième tour, il est à peu près acquis que Sarkozy y sera. Si c’est contre Royal, je vote Royal. Si c’est contre Bayrou, je vote Bayrou. Et si c’est contre Le Pen… il est probable que je ne vote pas, ou blanc.


Voilà qui répond sans doute aux questions que vous ne vous posiez pas.;)


PS: je laisse les commentaires ouverts. Vu que je ne considère pas que les commentaires de ce blog sont un espace privilégié de la liberté d’expression, il se pourrait que je taille dans le tas si ça dérape, part en troll, etc.

Notes

[1] Voir aussi les réactions que ça suscite (attention, contenu en images sans alternatives textuelles). C’est édifiant.

[2] Dont on sait bien que cela peut être une formule de complaisance, mais garder et régulièrement réactiver un idéal me semble important. Égalité et fraternité, voilà un une spécificité française, nationale, distante de la démocratie américaine dont l’idéal est la liberté, pas nécessairement l’égalité, et clairement pas la fraternité – du moins au niveau de la nation, car la culture américaine sait tout de même quelque chose de la fraternité.

[3] «Centre», centre-droit, démocratie chrétienne…

[4] Je ne cite pas encore – j’aurais trop peur de lasser le lecteur – la politique américaine et l’écrasement des petits partis dans un système Démocrate contre Républicains qui ne connait de fluctuation que tous les 75 ans (ce qui à mes yeux n’est pas vraiment un bon signe).

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Commentaires pour cet article

Florent V.
Le 6 avril 2007 à 0h51

Un ajout sur le thème «Pourquoi je ne voterai pas jamais Sarkozy»: je lis à l’instant, toujours via le blog de Dana, la réplique suivante de M. Sarkozy: Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense. La part de l’inné est immense? Mon dieu, mais Sarkozy a-t-il suivi ne serait-ce que quelques cours de science et de psychologie? Cet extrait vient d’un entretien organisé par Philosophie Magazine. L’article parle de visions de l’homme. Monsieur Sarkozy et moi-même n’avons certainement pas la même vision de l’homme. C’était une impression, j’en avais de nombreux indices (voir les articles cités ci-dessus), mais c’est là une confirmation terrassante de mes craintes concernant cette personne. Je le savais intolérant. Je le sais maintenant à la limite de l’obscurantisme pseudo-scientifique. (Autre source: article du Monde.) Je continue en citant Michel Onfray, qui met par écrit ses réactions et son analyse suite à cette entrevue: Je crois comprendre qu’il pense que le mal existe comme une entité séparée, claire, métaphysique, objectivable, à la manière d’une tumeur, sans aucune relation avec le social, la société, la politique, les conditions historiques. Je le questionne pour vérifier mon intuition: de fait, il pense que nous naissons bons ou mauvais et que, quoi qu’il arrive, quoi qu’on fasse, tout est déjà réglé par la nature. À ce moment, je perçois là la métaphysique de droite, la pensée de droite, l’ontologie de droite: l’existence d’idées pures sans relations avec le monde. Le Mal, le Bien, les Bons, les Méchants, et l’on peut ainsi continuer: les Courageux, les Fainéants, les Travailleurs, les Assistés, un genre de théâtre sur lequel chacun joue son rôle, écrit bien en amont par un Destin qui organise tout. Un Destin ou Dieu si l’on veut. Ainsi le Gendarme, le Policier, le Juge, le Soldat, le Militaire et, en face, le Criminel, le Délinquant, le Contrevenant, l’Ennemi. Logique de guerre qui interdit toute paix possible un jour. Rappelons que c’est un point de vue personnel, subjectif, une analyse d’opposant philosophique (plus que d’opposant politique, même si ça vaut aussi).

dana hilliot
Le 6 avril 2007 à 3h14

ta citation d’Onfray en note est édifiante logique de guerre oui: logique de haine à monter les uns contre les autres pensée binaire etc. tout le contraire de ce qui me semble être le défi de la politique en régime démocratique (dès lors qu’on se veut démocrate): essayer bon an mal an de constituer un environnement favorisant une vie ensemble (compte tenu de la pluralité des désirs, de nos aspirations, de nos naissances etc.) C’est la raison pour laquelle un démocrate devrait être pour le moins tolérant et par suite, modéré. On reproche aux modérés (dont je suis) d’être mous: peut-être, mais c’est par respect dela pluralité et de la singularité (autant qu’il est possible). On devrait toujours avoir sous la main les lettres delocke sur la tolérance.

Patrick B.
Le 15 avril 2007 à 17h16

Plutôt pas d’accord…

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Avec ce genre de phrase (la mienne), on va loin! Sinon, que ceux qui pensent que l’on est en démocratie…

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