Le fichier «Base élève» de l’Éducation Nationale, et autres réflexions

Jusqu’à récemment, chaque directeur d’établissement gérait un fichier interne (sur papier ou en fichier informatique) rassemblant des informations pédagogiques sur les élèves à sa charge. Mais depuis 2006, il existe un fichier informatisé national nommé Base élève. De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les risques liés à ce fichier.

J’avais entendu parler de la création et de la mise en place de ce fichier, mais sans me pencher sur ce cas jusqu’ici. Grâce à l’article Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Base élève publié par la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme, c’est en partie chose faite. Je vous invite également à lire cet article.

Voici quelques réflexions que cela m’inspire, un peu en vrac. Attention, il ne s’agit que d’une réaction à un article donné, article qui me semble cohérent et mesuré, mais qui est probablement partial. Ne prenez donc pas mes quelques élucubrations pour parole d’évangile!

Quelques notes en vrac…

Risques liés aux fichiers contenant des données personnelles

Quels sont les problèmes potentiels posés par ce fichier? J’en vois de trois types:

  1. Portée du fichier: il inclue pour partie des informations n’ayant qu’un rapport distant avec le suivi pédagogique des enfants et adolescents, ou bien que l’on peut considérer comme très sensibles (pays d’origine des parents, par exemple).
  2. Accès au fichier: si l’on sait aujourd’hui qui peut avoir accès à quel type d’information contenue dans ce fichier, rien ne garantit que les modalités d’accès au fichier des personnes extérieures à l’établissement scolaire (autres établissements scolaires ou personnels de l’Éducation nationale, mairies, services sociaux, services de police…) ne changent pas à l’avenir, sur décision législative ou plus probablement ministérielle (décret).
  3. Sécurisation du fichier: au delà des accès légaux aux contours parfois mal définis, se pose la question des accès non autorisés (piratage, fraudes, indiscrétions, manquement au devoir de réserve…).

On remarquera au passage que ces problèmes potentiels, ou risques, ne sont finalement pas spécifiques à ce fichier. Ils concernent à vrai dire tout fichier informatisé contenant des informations personnelles, quel que soit le domaine concerné. Peut-être un début de typologie des risques liés aux fichiers informatisés de données personnelles?[1]

Quoi qu’il en soit, et pour revenir à l’article sur «Base élèves», je retiens surtout le passage suivant:

Le président national de la FCPE [Fédération des conseils de parents d’élèves], Faride Hamana, n’a pas hésité à faire remarquer que «dans le contexte actuel, où les pouvoirs publics s’apprêtent à expulser un certain nombre d’enfants scolarisés», la présence «d’informations comme la nationalité, voire la date d’arrivée de la famille de l’enfant sur le territoire français» est «plus que préoccupante».

Voilà qui fait réfléchir…

Réponse à l’argument: «Il suffit que seules les bonnes personnes aient accès au fichier.»

Quand j’évoque, dans une conversation, le caractère préoccupant du développement de certains fichiers (notamment le développement et le recoupement des fichiers de police, mais pas seulement), on me répond souvent que si l’on a rien à se reprocher, il n’y a pas de crainte à avoir. Ou bien que les risques que je pointe ne signifient pas qu’il faille abandonner ou restreindre l’utilisation de certains fichiers, mais qu’il suffirait de bien baliser et contrôler les accès aux informations.

J’avoue pour ma part être plutôt en faveur d’un principe de précaution un peu extrême, que vous jugerez peut-être même paranoïaque. Le principe en question est le suivant: dès que l’on peut éviter de saisir une information sensible sur une personne, mieux vaut ne pas saisir cette information. Les droits d’accès et de modification aux données qui vous concernent garantis par la loi Informatique et Libertés sont importants, mais dans certains cas je pense qu’ils ne suffisent pas.

Lorsque je constate l’intensification actuelle du fichage des individus (fichage souvent entrepris à la base pour de bonnes raisons…), je ne peux m’empêcher de penser au passé français, et notamment à la Collaboration. Avait-on à l’époque[2] des fichiers de police, ou des fichiers de recensement de la population, établis avant l’Occupation, et dont les informations auraient facilité la tâche du régime de Vichy, notamment en ce qui concerne la déportation des Juifs? Et si oui, avait-on établi ces fichiers quelques années plus tôt, en toute insouciance et en faisant confiance aux autorités pour ne pas les utiliser en mal?

Alors certes, nous ne sommes pas sous le régime de Vichy, et les chances de retomber aussi bas semblent faibles. Mais à moindre échelle, est-il si difficile d’imaginer des utilisations peu reluisantes de fichiers sensibles par les pouvoirs publics? Le sceau de la démocratie doit-il nécessairement être celui de la confiance absolue — au point de nier toute prudence, même de principe?

Je n’ai pas de réponse particulière à donner à ces questions… mais, dans le doute, j’avoue avoir un faible pour la prudence et la vigilance.

Sur ce, bonne lecture, et n’oubliez pas, si vous êtes parent, que vous bénéficiez d’un droit d’accès et de rectification des données personnelles vous concernant vous ou votre enfant. Si ce sujet vous préoccupe, n’hésitez pas à en toucher un mot au responsable de l’établissement scolaire de votre enfant. Voire à le harceler (poliment). Les libertés ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas.

Notes

[1] Si vous avez des suggestions pour enrichir cette «typologie», je suis preneur!:)

[2] Si un historien passe par ici, je ne suis pas contre quelques pistes ou indications.;)

Vous voici à la fin de cet article. Ne manquez pas les prochains articles sur Covert Prestige, pensez à vous abonner!

Commentaires pour cet article

Igor
Le 4 septembre 2007 à 21h44

Bel exemple de fichage partagé entre les communes et les écoles et leurs autorités de tutelles.

mimi
Le 14 septembre 2007 à 15h49

je suis mére d’un ado. de 15 ans, adjointe aux affaires scolaires pour une commune de 17 000 hab ce qui représente 13 établissements primaires . J’ai enseigné pdt plus de 10 ans en lycée. Bien sûre que les risques évoqués ne sont pas négligeables mais aujourd’hui quelques inspecteurs d’académie zélés… veulent imposer les enregistrements sur la base éléve par les collectivités locales.(un décret ministériel existe t’il pour nous y obliger? mon service fait des recherches mais si vous même pouvez me renseigner!).Pq?Sacahant que l’on vise à supprimer les cartes scolaires et que l’on impose pour valider une inscription scolaire d’enfant de passer par la base éléves que croyez vous que l’on vise aussi: la réduction des effectifs des fonctionnaires de l’état que sont les enseignants.J’explique et croyez moi mes sources sont bonnes-l’Etat veut réhausser progressivement les seuils d’ouverture de classe et obliger les enseignants à travailler avec des effectifs de 35 éléves par classe .Ainsi, la base éléves leur permettra d’éffectuer une simple division:nombre total d’éléves sur la commune/35=nombre de postes sur la commune.A l’élu de répartir les enseignats et les éléves sur son térritoire puiqu’il n’y a plus de cartes scolaires tout est faisable.Alors, selon les effectifs de l’année à venir, on décide de déplacer qui? sur les diff. écoles de la commune,les enseignats ou les enfants?D’un côté il y a la stabilité d’une équipe pédagogique qui peut travailler et mettre en œuvre ses projets(3 ans)de l’autre il y a les enfants, les frateries, les familles et les copains d’écoles. Faudra t’il choisir et permettre à SARKO. de remplir ses objectifs , à son inspesteur zélé de monter en grade (plus prés du soleil les avantages sont plus importants-cf pour une de vos prochaines lectures "au frais de la princesse"), quoiqu’il en soit ces méthodes détournées ne visent pas à mettre l’enfant au centre de nos priorités et à miser sur l’institution pour amener à faire grandir les Citoyens de demain.C’est bien là un manque de confiance qualifié. Vous pouvez m’écrire et soutenir les parents, les enseignants et du même coup moi-même en ecrivant à:kwiatkowski Mireille, rue d’ensisheim-Mairie de Wittenheim-service scolaire-68270 WITTENHEIM.Merci d’avance!

Igor
Le 5 octobre 2007 à 11h35

Un premier recul sur le fichier base élève: www.humanite.fr/2007-10-0…

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