Sommes-nous encore prêts à payer pour des contenus?

On a beaucoup parlé, avec Internet, du triomphe de la gratuité. Il y a eu d’abord la gratuité du savoir, dans un réseau mondial tout neuf et investi tout d’abord par des universitaires et des passionnés. Il y a eu ensuite la gratuité «prise de force» par les flibustiers du Web: téléchargement de musique, de films, etc. Enfin, il y a eu les modèles économiques basés sur la publicité. Ces derniers ont un principe très simple: on affiche des publicités (cliquables), et on essaye d’avoir le maximum de visiteurs possibles.

Voilà où nous en sommes actuellement pour les contenus en ligne: les journaux et magazines ont leur pendant «site web» rémunéré par la publicité, les sites du «Web 2.0» (les MySpace, Youtube, Facebook…) se rémunèrent par la publicité, etc.

Alors, y a-t-il de l’argent pour les contenus sur Internet? Oui, nous dit-on, mais uniquement dans la publicité.

Mais la tendance est peut-être en train de se corriger.

Le payant n’a pas dit son dernier mot

Alexis Mons publie sur le blog de Groupe Reflect un éloge du payant. On y parle de sites «2.0» qui proposent une formule payante, tels que Viadeo ou encore Hellotipi. Mais aussi: de Radiohead qui vend sa musique en ligne à prix libre, de Wikipédia qui souhaite rémunérer des illustrateurs, et des projets d’Arrêt Sur Images et de MediaPart.

Je vous invite à découvrir cet article.

Mais je souhaiterais m’attarder quelques instants pour vous présenter MediaPart, que j’ai découvert aujourd’hui.

Journalisme indépendant et de qualité sur abonnement

C’est en tout cas ainsi que l’on pourrait résumer le projet MediaPart: créer un journal en ligne, accessible sur abonnement (les tarifs sont fixés à 9 euros par mois, et 5 euros en tarif réduit), indépendant et de qualité.

Je ne m’attarde pas sur la question de la qualité (elle sera tranchée en temps voulu, comme pour toute publication annoncée). Ce qui nous intéresse ici, ce sont les deux points suivants:

  1. rémunération directe par les lecteurs (abonnement);
  2. indépendance.

On comprend bien entendu que la deuxième résulte de la première: c’est parce que cette publication ne dépendra pas des annonceurs qu’elle pourra prétendre à plus d’indépendance. Edwy Plenel (ancien directeur de la rédaction du Monde) écrit d’ailleurs sur «le prix de la liberté».

Assez logiquement, MediaPart se positionne sur le créneau de l’investigation: enquêtes, révélations, dossiers, etc.

Le journal en ligne sera lancé début 2008, avec peut-être un nom différent.

Ah oui, une dernière chose: le «Part» de MediaPart signifie à la fois «à part» et «participatif». Je n’ai pas exploré cette facette participative, qui à vrai dire ne me passionne pas tant que ça. On verra avec le temps s’il en ressort quelque chose d’intéressant.

Sommes-nous prêts à mettre la main au portefeuille?

Nous payons tous les jours pour des services, des biens et des contenus, et souvent sans rechigner. Mais nous avons un peu perdu l’habitude sur Internet. En même temps, le commerce en ligne continue à prospérer et à progresser… des sites comme MediaPart ou Arrêt Sur Images sont-ils si différents de certains produits et services que nous achetons?

(Oui, je sais que les œuvres de l’esprit — articles, reportages, chansons, films… — sont immatérielles, et n’ont donc techniquement pas de prix. On fera attention à ne pas arrêter sa réflexion à cette idée simple.)

En ligne, j’achète régulièrement de la musique (CDs par correspondance). Je pense payer prochainement pour un hébergement confortable pour ce site, pour une somme pas tout à fait négligeable (l’offre que j’ai repérée est aux alentours de cent euros par an). J’ai déjà acheté de la musique numérisée au format FLAC, et j’espère que ce format se généralisera, ce qui me permettra de le faire plus souvent.

Par contre, je lis peu la presse, en dehors de quotidiens gratuits et de quelques lectures occasionnelles. Peut-être est-ce le moment de s’y mettre, et de commencer dès aujourd’hui à soutenir un journal du futur. Dans quelques années, je lirai peut-être MediaPart sur du papier numérique plutôt que sur l’écran de mon ordinateur portable.

Nous attendons souvent que l’offre en ligne, peu familière et donc mal ancrée dans nos habitudes, soit parfaite. Nous disons «tant que cette offre ne répond pas à toutes mes conditions, je ne risque pas d’acheter»; moi le premier et peut-être plus souvent que d’autres. Mais peut-être est-il temps de commencer à parier sur l’avenir… et l’avenir pourrait être rempli de prestations et de contenus payants, d’offres «où on en a pour son argent».

Dans l’association Musique Libre!, nous répétons souvent que le meilleur moyen de soutenir les artistes qui diffusent gratuitement leur musique, c’est en leur achetant leurs CDs lorsqu’ils en ont, en allant à leurs concerts, etc.

Comme disent les anglo-saxons: “put your money where your mouth is!”

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