Notes de lecture: André Zucca et l'exposition «Les Parisiens sous l'Occupation»

Chez Laurent Gloaguen (Embruns), un article consacré à André Zucca, reporter photographe. André Zucca et ses photographies de parisiens insouciants sous l’Occupation on fait polémique, mais Laurent fait un beau travail d’explication et de présentation du contexte. De plus, l’article se lit presque comme une histoire, et il est très bien écrit; deux éléments qui en rendent la lecture aisée et agréable.

Sur le même thème, j’ai aussi lu et regardé le dossier «Au bon vieux temps de l’Occupation» publié sur Arrêt sur Images (accès sur abonnement). J’ai été moins convaincu par la position d’Alain Korkos que par celle de Laurent Gloaguen. Par contre, j’apprécie les éclairages de Daniel Schneidermann dans le plateau organisé avec Alain Korkos et Françoise Denoyelle, ainsi que dans sa chronique à ce sujet que je me permet de citer:

A ce qu’on sache, ce n’est pas Zucca qui a rempli les terrasses de café qu’il photographie. Ce n’est pas Zucca, qui a fabriqué les chapeaux des élégantes de Longchamp. Ce n’est pas Zucca, qui a allongé les baigneurs sur les quais de Seine. Ce Paris-là existait aussi, même s’il fait tache aujourd’hui.

Cette réalité, il faut la regarder en face. Même si c’est douloureux. Tous les tabous de la Collaboration, la petite et la grande, l’officielle et la quotidienne, révélés depuis les années 70, ont toujours été dévoilés dans la douleur. C’est peut-être le dernier. Eh bien voilà : c’est obscène, c’est insoutenable, mais pendant l’été 42, le sinistre été de la rafle du Vel d’Hiv, on raflait des Juifs rue des Rosiers, et on bronzait sur les quais de Seine. Peut-être même le même jour. Ces deux images, il nous faut oser les regarder. Sur aucune des deux, nous n’avons le droit de jeter le voile.

La chronique complète sur Arrêt sur Images

Pour ma part, j’oscille entre Schneidermann qui voit dans ces photos un attirail de propagande nazie, et Gloaguen qui est beaucoup plus sceptique sur ce point. Je ne saurais pas trancher. Ce qui est sûr (et que Schneidermann semble ignorer en partie), c’est que les photos exposées n’ont pas été prises sur commande, mais sont des photos faites à caractère personnel. André Zucca, qui couvrait des meetings collabos pour le compte de la revue de propagande allemande Signal, était-il également un propagandiste dans ses œuvres personnelles? C’est une question très précise qu’il serait intéressant d’explorer. Cela rejoint des questions plus philosophiques sur la «nature» d’une personne, l’ambivalence des actes, etc.

Je n’en dis pas plus, et je ne relis même pas ce billet écrit n’importe comment, car El Topo d’Alexandro Jodorowski m’attend et que j’ai dans l’idée d’en faire une petite chronique, ou du moins d’essayer.

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