Royal et délinquance sociale: beaucoup de bruit pour rien

Difficile de passer à côté de la polémique autour de la condamnation récente de Ségolène Royal pour des «licenciements abusifs» datant d’il y a plus de dix ans. Vu le foin que l’UMP fait autour de cette affaire, on aurait pu croire qu’ils tenaient une raison sérieuse de casser du sucre sur le dos de leur adversaire. Mais en fait, non.

Je lis ce matin un article sur Arrêt sur Images: Et à propos, Royal est-elle vraiment une “délinquante sociale” ? On en retient que cette affaire est un simple problème de gestion technique, que les plaignantes ont été payées pour leur travail mais pas par les bonnes personnes ou avec le bon statut. Bref, une faute de gestion, dans un contexte un peu particulier (dissolution de l’Assemblée nationale qui déclenche le licenciement automatique des attachés parlementaires, campagne électorale dans la foulée). Une faute qui peut bien sûr faire l’objet d’une réparation, mais une faute parfaitement banale.

(Reste la question: pourquoi est-ce que cette affaire traine depuis dix ans avec de multiples appels, renvois en cassation, etc.? Mon sentiment est que, au delà de la question juridique, il s’agit d’une affaire de personnes. Ça dit peut-être quelque chose sur le caractère de Mme Royal, mais discuter de son intégrité à partir de cette affaire serait ridicule.)

En résumé: OSEF. Pas de quoi fouetter un chat, ou même publier le moindre communiqué.

Le seul intérêt de la polémique…

… c’est la réaction de l’UMP et la tentative, un peu grossière, de lobbying médiatique. En gros, la Communication de l’UMP a cherché à utiliser les médias pour fustiger les journalistes de l’AFP. C’est amusant. Ça ne mérite pas qu’on s’y attarde trop longtemps, mais c’est amusant. Je laisserai les plus politiquement engagés que moi dire si c’est une tentative pour détourner l’attention d’autres sujets plus importants (de même que le coup du service minimum d’accueil détourne l’attention des revendication des grévistes de l’enseignement…).

Là où ça devient moins amusant et peut-être inquiétant, c’est lorsque la récente loi sur la presse est modifiée pour y inclure l’obligation pour l’AFP de répercuter tous les communiqués des partis politiques et des syndicats. Bon, on ne va pas crier à la fin de la Liberté de la Presse, mais cette propension à modifier une proposition de loi en cours d’examen pour y caser ses lubies personnelles est affligeante.

Ceci dit, c’est un détail mineur de cette loi sur la Presse. La question de la protection des sources (reconnue sans concessions par l’Union Européenne, et que le gouvernement voudrait assortir de restrictions et de conditions un peu vagues…) est bien plus importante. Ce serait pas mal d’ailleurs si l’attention portée à la tartufferie Royal–UMP–AFP se reportait sur cette loi sur la presse. Mais je doute que ça se fasse. La liberté d’informer, c’est moins vendeur que la «délinquance sociale».

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Commentaires pour cet article

bruno bichet
Le 20 mai 2008 à 18h00

Les français ne croyant pas qu’on puisse être “politique” ET honnête, se méfient toujours des gens comme Ségolène qui présentent un profil trop lisse… Peut-être que pour le coup, ça lui permettra de ratisser quelques voix parmi ceux qui aiment les aspérités ;)

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