Comparatif lecteurs RSS en ligne: Bloglines, Google Reader et Rojo

J’ai décidé il y a quelques jours de délaisser Netvibes, et de chercher un lecteur de flux RSS me permettant de suivre un plus grand nombre de flux. Netvibes est un très bon logiciel, et ceux qui ne l’ont pas encore fait gagneront à le tester; mais sa gestion des flux d’actualité ne correspond plus à mes besoins.

Je me suis donc mis en chasse, avec l’idée d’écrire un article présentant différents logiciels. Il doit bien y avoir des dizaines d’applications en ligne pour la lecture des flux RSS, me disais-je. Et dans le lot, on trouvera sans doute les références du domaine (Google Reader, par exemple), mais aussi des choses plus discrètes, des logiciels pas parfaits mais innovants.

Après des heures de recherches et de test, j’ai déchanté. C’est simple: le secteur est sinistré. Les solutions correctes se comptent sur les doigts de la main! C’est pourquoi je ne vous en présente que trois: Bloglines, Google Reader et Rojo. Et au risque de tuer le suspense, je peux déjà vous affirmer qu’aucune n’est à la hauteur de mes attentes.

Mais voyons cela en détail.

Que cherche-t-on exactement?

Les lecteurs de flux, parfois appelés agréateurs, existent depuis plusieurs années. Le lecteur de flux classique est un logiciel séparé du navigateur web, et composé de trois volets: liste des flux à gauche, liste des articles en haut à droite, et lecture de l’article en bas à droite. Cela ne vous rappelle rien? C’est un fonctionnement calqué sur celui des clients mail comme Outlook Express. Parmi les lecteurs classiques, on peut citer FeedDemon, NetNewsWire ou Liferea.

Il existe également des agrégateurs RSS en ligne, et c’est à ces derniers que nous allons nous intéresser. Les premiers datent des années 2003–2004, avec notamment Bloglines et… pas grand chose d’autre. Fin 2005, Google propose son Reader.

À partir de 2005–2006, on a également vu se développer des pages perso configurables, sur lesquelles on pouvait ajouter la météo du jour, un aperçu des courriels reçus, et des petites boites avec les flux RSS de ses sites favoris. Par ordre d’apparition, citons My Yahoo!, Netvibes et iGoogle. Pour le coup, c’était une innovation, mais nous n’en parlerons pas; nous nous intéressons uniquement aux lecteurs de flux à proprement parler, c’est-à-dire aux logiciels dédiés à la lecture de flux RSS.

Un secteur sinistré?

Soyons clair: aujourd’hui, il n’existe presque rien de sérieux en dehors de Google Reader et de Bloglines. Je l’ai découvert avec surprise au cours de ma recherche. Comment? Pas la moindre innovation, pas de startup ou de petite entreprise innovante dans ce domaine? Eh bien non (à moins que je n’aie loupé l’information!).

Au cours de mes recherches, j’ai croisé nombre de sites indisponibles et d’erreurs 404. Certains services mentionnés dans des articles en 2006 sont tout simplement introuvables aujourd’hui. FeedLounge a fermé ses portes en 2007 — cet agrégateur de bonne facture était géré par une seule personne, sur son temps libre. Gazettr n’est pas fermé, et propose même quelques bonnes idées, mais c’est un projet personnel qui souffre de quelques problèmes techniques et d’un design amateur.

Il n’y a donc pas de 37signals du lecteur RSS. L’explication est sans doute économique: pas assez d’utilisateurs potentiels, ou bien pas de moyen efficace pour rentabiliser le service proposé.

Cela nous laisse donc Bloglines et Google Reader. Je rajoute Rojo, un peu plus confidentiel, mais qui me semble intéressant.

Bloglines: classique mais efficace

J’ai failli ne pas tester Bloglines. Je cherchais un lecteur innovant, avec une interface soignée, et la première capture d’écran que j’ai croisée ressemblait à ceci:

Aperçu de l’interface de Bloglines

Certains trouveront sans doute ce design correct. À mon avis, il est vieillot et étriqué, et les options sont éparpillées un peu partout dans la page. Heureusement, il existe une version Beta publique qui améliore un peu les choses; c’est cette dernière que je vais vous présenter.

Pour accéder à Bloglines, il faut impérativement être inscrit. Voici donc quelques captures d’écran pour vous donner un aperçu de l’interface:

Aperçu de l’interface de Bloglines (1) Aperçu de l’interface de Bloglines (2) Aperçu de l’interface de Bloglines (3)

Bloglines est un lecteur de facture classique. Les flux peuvent être classés dans des dossiers, et pour lire correctement les flux il faut cliquer sur le flux dans le menu de gauche, en se fiant aux indicateurs qui marquent les articles non lus. Si on apprécie ce fonctionnement, et que l’on n’est pas découragé par l’interface en anglais, on passera outre quelques petits problèmes d’ergonomie et on appréciera cette application.

Il y a tout de même un point qui me chiffonne: par défaut, le fonctionnement de Bloglines est de cacher les articles déjà lu. Le problème, c’est qu’il suffit de cliquer sur un article (ce qui déplie ou ouvre le contenu, suivant le mode d’affichage en cours) pour que cet article soit marqué comme lu. Si on souhaite lire l’article plus tard, il aura disparu de la liste, et il faudra plonger dans les options pour le réafficher. Du coup, un flux peut se reduire comme peau de chagrin, voire disparaitre complètement!

Aperçu de l’interface de Bloglines (4) Aperçu de l’interface de Bloglines (5)

Ce fonctionnement n’est pas idiot et peut correspondre à certains utilisateurs, mais il est surprenant. En effet, la plupart des lecteurs se contentent de marquer l’article comme lu (en le passant du gras au texte normal, par exemple), mais le conservent à l’écran. Le fonctionnement par défaut de Bloglines faut que l’on a l’impression d’un bug du logiciel ou d’un problème avec le flux!

Points forts:

  • classement des flux dans des dossier (menu de gauche), classique mais efficace;
  • lecture à l’écran plutôt agréable;
  • plusieurs modes d’affichage pour la partie de droite.

Points faibles:

  • interface en anglais;
  • pas de classement par thème ou étiquette;
  • pas de liste globale avec tous les articles, ou de liste globale par dossier;
  • «disparition» des articles déjà lus ou simplement survolés.

Google Reader: efficacité: 1; design: 0

Lancé fin 2005, ce lecteur de flux se démarquait en proposant une interface originale mais moyennement efficace. En 2007, cette interface a été revue et la nouvelle version est maintenant très proche de… Gmail, le webmail de Google.

La grande originalité de Google Reader, c’est de regrouper tous les flux dans une même liste, classé du plus récent au plus ancien. C’est le principe de la boite de réception de votre client mail: toutes les nouveautés arrivent au même endroit.

On peut bien sûr aussi consulter un flux précis, ou encore tous les flux qui sont classés dans une même catégorie.

Je vous propose de jeter un œil à l’interface de Reader grâce à quelques captures d’écran:

Aperçu de l’interface de Google Reader (1) Aperçu de l’interface de Google Reader (2) Aperçu de l’interface de Google Reader (3) Aperçu de l’interface de Google Reader (4)

Petit problème de cette interface: c’est plutôt moche. Et comme la forme a un impact sur la fonction, cela rend l’interface de Google Reader parfois pénible à utiliser. Je pense notamment à la barre de gauche, qui est mal designée, et dont la largeur est figée.

La gestion des flux (inscription, désinscription, classement) est plutôt bonne. Le classement fonctionne avec des catégories, un même flux pouvant apparaitre dans plusieurs catégories. (Note: dans l’interface de Google Reader, ce que j’appelle «catégorie» est appelé soit «Tag», soit «Dossier». Chers messieurs et dames de Google, ce genre de chose s’appelle une erreur d’ergonomie. Engagez un ergonome et un webdesigner pour travailler sur la prochaine version de Google Reader.)

Ce système de catégories (pardon, de tags) est puissant, mais la gestion des tags elle-même est minimaliste. En gros, on peut créer un tag, ajouter ce tags à des flux (un par un), et supprimer un tag. Mais impossible de renommer un tag, de fusionner deux tags, etc. Une gestion des tags à la del.icio.us ne serait pas superflue.

Malgré ces quelques problèmes, Google Reader est un bon logiciel, qui recèle quelques fonctionnalités intelligentes et bien intégrées. Par exemple, lorsqu’on consulte un flux on peut voir apparaitre non pas dix ou vingt articles, mais quarante, cent, ou plus encore. Pourtant, le flux en question n’a pas un contenu aussi long (un flux RSS est généralement limité aux dix, quinze ou vingt derniers articles publiés sur un site). Je soupçonne Google Reader d’archiver le contenu des flux suivis par ses utilisateurs, pour se constituer un cache gigantesque permettant de remonter dans l’historique de certains flux. Le journal cinéma du Dr Orlof, par exemple, affiche 183 articles dans Google Reader, alors que le flux lui-même ne liste que les 10 derniers!

Points forts:

  • application fiable rapide;
  • efficace pour suivre une grande quantité de flux;
  • lecture à l’écran correcte (mais peut mieux faire…);
  • affiche même les anciens articles qui n’apparaissent plus dans le flux.

Points faibles:

  • design sommaire et quelques petits problèmes d’ergonomie;
  • menu de gauche mal organisé, mal designé, et trop large;
  • gestion des tags trop limitée.

Un peu de style pour Google Reader

Donc, Google Reader est moche. Mais ne peut-on rien y faire? C’est sans doute la question que s’est posée Jon Hicks, et voici sa réponse: un thème graphique CSS pour Reader!

Aperçu de l’interface de Google Reader avec thème Hicksdesign

Du beau travail qui rend l’interface de Google Reader plus lisible et plus ergonomique. Quelques précisions:

  • l’installation (informations en anglais) n’est pas des plus aisées!
  • installation possible avec Firefox, Camino et Safari (et à priori impossible pour les autres navigateurs);
  • les liens vers les autres services Google, normalement situés en haut à gauche, n’apparaissent plus, et on observe quelques petits problèmes de mise en page (mais rien de gênant);
  • lors de la prochaine refonte de l’interface de Reader (la dernière date de 2007), ce thème ne sera plus utilisable.

C’est donc une solution intéressante, mais imparfaite car elle fonctionne comme une surcouche et n’est pas intégrée à Reader.

Rojo: style, simplicité… et bugs

Rojo est un lecteur créé en 2004 et racheté en 2006 par Six Apart (Movable Type, TypePad, Vox…). De tous les lecteurs que j’ai testé, c’est le seul qui semble avoir fait un effort décent sur le style de l’interface.

Je ne vous propose pas de capture d’écran, car pour tester la lecture de flux avec Rojo il suffit de se rendre sur www.rojo.com. En effet, la page d’accueil présente certains des articles suivis par les utilisateurs de Rojo qui ont souhaité les rendre publics. L’interface est la même que pour un utilisateur connecté, mis à part la colonne de gauche qui se transforme en barre d’outils et liste de flux lorsqu’on est connecté.

Le classement se fait par tags. Sauf erreur de ma part, on ne peut avoir qu’un seul tag par flux, ce qui est un peu étrange et va à l’encontre du principe de ce type de classements. Il s’agit donc plutôt de catégories uniques. Rojo utilise le principe de «flux global» d’information, comme Google Reader. On peut donc voir tous les articles de tous les flux dans une même liste, ou ceux d’une catégorie précise, ou encore ceux d’un flux précis. Comme pour Reader (et contrairement à Bloglines), la présentation est la même dans les trois cas.

L’interface pour la lecture est très agréable à utiliser. Rojo propose trois modes pour lister les articles: titres, titres avec résumés, ou articles complets. En mode titres ou titres avec résumés, un bouton permet d’afficher ou de masquer le reste du contenu. Je préfère ce fonctionnement (bouton ad hoc) à celui de Reader, mais c’est une préférence personnelle.

Si on souhaite quelque chose de simple et élégant, Rojo est une très bonne solution.

Bugs?

Le principal reproche que je ferais à ce lecteur, c’est de contenir quelques bugs gênants. En particulier, la gestion de l’encodage dans l’interface même de Rojo est problématique. Si vous avez le malheur de créer un tag (ou d’en importer un) qui contient des caractères accentués, il sera mal affiché dans la liste des tags. De plus, lors de mon test je n’ai pas pu corriger un tag qui s‘affichait mal: le changement ne prenait pas (tandis que si je modifiais un tag dont le nom ne pose pas problème, ça fonctionnait). Les contenus des flux (titres, extraits, contenu texte) sont par contre affichés correctement.

Autre bug repéré: lors de mon test, qui s’est étalé sur plusieurs jours, ce lecteur était loin d’être réactif. Au point que j’ai eu l’impression que la liste des articles n’était mise à jour qu’une fois par jour, ou toutes les 12 heures peut-être. Difficile de suivre l’actualité dans ces conditions! Mais peut-être est-ce juste mon compte. Si vous testez ce service, revenez nous dire ce qu’il en est.

Lors de l’achat de Rojo en 2006, Six Apart annonçait qu’ils souhaitaient revendre ce service (en gros, ils avaient acheté la société pour débaucher son fondateur, aujourd’hui CEO de Six Apart, et récupérer certaines technologies). Mais Rojo appartient toujours à Six Apart en 2008, tandis que le site de Six Apart ne mentionne pas ce service! Mon impression est que Six Apart délaisse ce service et se contente d’une maintenance minimale (à priori insuffisante). Dommage.

Points forts:

  • bon design;
  • très bonne lisibilité des contenus;
  • simplicité.

Points faibles:

  • manque flagrant de réactivité!
  • bugs d’encodage;
  • classification limitée (tags uniques?);
  • non compatible 800×600.

En conclusion

Comme nous l’avons vu, aucun de ces services ne donne entièrement satisfaction. Si l’on élimine (à regret) Rojo à cause de ses bugs handicapants, il nous reste Bloglines et Google Reader. Bloglines conviendra à ceux qui cherchent l’équivalent d’un lecteur de flux «classique», prévu pour une lecture flux par flux. Google Reader conviendra à ceux qui cherchent à gérer de nombreux flux, et à regrouper des sources d’informations avec tous les derniers articles accessibles d’un coup d’œil. Il faut juste, pour Reader, ne pas être trop regardant sur le design… ou tenter d’installer la skin proposée par Jon Hicks.

Au final, je regrette de ne pas avoir vu plus de choses innovantes dans ce secteur. Mais peut-être ai-je manqué un outsider original?

Vous voici à la fin de cet article. Ne manquez pas les prochains articles sur Covert Prestige, pensez à vous abonner!

Commentaires pour cet article

Plouf
Le 4 juin 2008 à 18h45

J’utilise personnellement Feedreader.

Aymeric
Le 12 juin 2008 à 22h53

Je suis aussi un habitué de Netvibes mais il devient trop lourd pour suivre beaucoup de flux (plus de 20).

La meilleure solution que j’ai trouvé pour le moment, c’est d’inclure google Reader dans Netvibes.

On garde les bonnes applications de Netvibes et le design avec un lecteur de flux simple et performant.

Sylvain
Le 3 juillet 2008 à 17h08

J’ai plus de 150 flux + autres widgets sur Netvibes et ça ne rame pas vraiment, j’ai aussi réorganisé mes onglets pour classer les flux des plus intéressants aux moins intéressants (avec les petites icônes pour la météo) et j’ajuste de temps en temps les flux si leur contenu deviens intéressant ou non. Ça me permet de gagner beaucoup de temps, je lis le plus important au boulot et le reste quand j’ai du temps à perdre !

Ali
Le 22 septembre 2008 à 16h39

“DONC, Google Reader EST moche.”

Ah bon, c’est scientifiquement prouvé ?

Mince, moi qui pensais pouvoir trouver Google Reader sobre, pro et agréable, par opposition au “design” gadget et criard des autres agrégateurs…

“Soyons clair: aujourd’hui, il n’existe presque rien de sérieux…” “Bloglines conviendra à… Google Reader conviendra à…”

Merci docteur, on vous doit combien ?

Je pense pour ma part que certains blogs valent le détour ne serait-ce que pour le ton des posts : un régal !

Florent V.
Le 22 septembre 2008 à 18h36

J’ai écrit cet article en me servant de mon expérience et de mon «ressenti». Quand j’affirme que Google Reader est moche, ce n’est pas une vérité absolue ni le résultat d’une étude, mais mon point de vue, conforté par celui de quelques autres (discussions avec des utilisateurs, avis du designer Jon Hicks qui proposait il y a peu une feuille de styles alternative pour Google Reader, etc.).

Si vous venez de découvrir qu’un article de blog (ou pas de blog, d’ailleurs) laisse une grande part à la subjectivité, félicitations, vous vous coucherez moins bête. Je ne vais pas, pour ma part, m’excuser d’avoir omis quelques précautions oratoires du type «à mon humble avis, …» à chaque fois que j‘exprimais un avis, justement.

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